Carte postale, son histoire

Qu'est ce qu'une carte postale ? Une carte dont un des côtés sert à la correspondance et dont l'autre est illustré.

Cette fidèle messagère d'amour ou d'amitié fait partie de notre vie quotidienne, prend place entre le timbre et la reproduction artistique ou la photo, et peut être considérée comme un des chaînons qui unissent l'art et le commerce. Elle est symbole, déclaration ou souvenir. Elle fait rire, pleurer, elle émeut, elle étreint...

Pour mémoire,  l'habitude de transmettre des vœux sur cartes illustrées remonte à la nuit des temps. Cette pratique était courante en Extrême Orient, dès le Xème siècle. En France, sous Louis XIII, les ''billets de visite'', qui devinrent par la suite les cartes de visite, ne tardèrent pas à s'enrichir de dessins. Au XVIII siècle, il existe une industrie des cartes illustrées On peut lire dans l'Almanach de la Petite Poste de Paris en 1777 : ''On s'envoie par la poste, en manière de compliments ou de félicitations, sur les sujets les plus différents, des cartes gravées et souvent annotées, qui se transportent ouvertes aux yeux de chacun.

Dès 1895, la carte postale commence sa conquête du monde. Il faudra cependant attendre 1900 pour que la carte postale ne soit plus essentiellement propagande ou publicité. En effet la publicité s'empara sans tarder de ''petits messagers en carton mince''. Le bulletin de l'Association des Vieux Papiers reproduisait le 1er septembre 1904 nue carte datée du 15 août 1873, qui avait été lancée sur le marché de la ''Belle Jardinière''. Elle représentait les grands magasins.

Maurice Picard a publié à Marseille, en 1939, un catalogue des cartes postales publicitaires. Quatre-vingt-cinq séries différentes y sont répertoriées.

A l'occasion de l'exposition de 1889, le Figaro a édité une carte destinée à la correspondance et représentant la Tour Eiffel. Le lancement se fit avec un grand luxe de publicité : une imprimerie provisoire l'imprimait au pied même du monument, sous les yeux des visiteurs. Elle était expédiée par un bureau de poste spécial installée à proximité.

La carte postale n'était encore qu'une attraction. Émile Strauss est le grand promoteur de la carte en France. Il lutta, pour commencer, contre la très mauvaise qualité des rares cartes imprimées en France. Il s'agissait de phares, de rochers, de prairies qui changeaient de nom et d'emplacement selon la ville où se trouvaient les éditeurs.

Ensuite Strauss, ayant décidé de lancer définitivement le genre, en acheta des centaines dans différents pays et les diffusa en France pour démontrer que la carte postale pouvait être soignée et artistique.

En 1899, les statistiques de la production donnaient les résultats suivants :
- Allemagne (50 millions d'habitants) : 88 millions de cartes
- Angleterre (38 millions d'habitants) : 14 millions de cartes
- Belgique (6.2 millions d'habitants) : 12 millions de cartes
- France, 38 millions d'habitants) : 8 millions de cartes

Grâce à Strauss, la France importa des cartes postales de qualité, et très rapidement, l'industrie française se développa pour prendre, en quelques années la première place.

L'exposition de 1900 doit être considérée comme le début de l'âge d'or. Jusqu'alors le prix de la carte postale était élevé, car les seuls procédés de reproduction connus étaient la pointe sèche, le burin et la lithographie. Puis fut inventée la photocollographie qui se subdivise en héliotypie, photolithographie et phototypie. Cette dernière s'imposa et, grâce à elle, la carte postale devint populaire.

En quelques années, ce fut une furie collective : les cartes vues et les cartes fantaisie envahirent les familles. Les collectionneurs sortirent des rangs des simples acheteurs. Ils se regroupèrent en sociétés, amicales et unions. Il y eut en France 33 revues cartophiliques (La carte postale illustrée, Le Cartophile, la Diane, la Gazette Cartophile... On trouve également des revues en Italie, Allemagne, Hongrie, aux États-Unis, au Japon...

Pour protéger cette immense industrie, le 11 juin 1904, fut fondée La Chambre Syndicale Française de la carte postale illustrée et des industries qui s'y rattachent.

On organisa des expositions. La première eut lieu en octobre 1900 dans les locaux de La Plume.

Les échanges se généralisaient et, en 1912, le Revue Illustrée de la Carte Postale publia un cours de langue internationale pour faciliter les rapports entre collectionneurs.

Les murs de Paris se couvrirent d'affiches vantant les mérites des différentes marques. Des journaux et des périodiques distribuaient des cartes en prime. Les arts s'emparèrent de la carte postale. La carte postale se mêla de politique : il y eut des cartes pétitions qui réclamaient la libération des femmes et des enfant boers emprisonnées dans les camps anglais, protestaient contre les écoles congréganistes... Le Cartophile Français demanda  à tous les cartophiles du monde d'envoyer des cartes aux empereurs de Russie et du Japon pour leur demander de mettre fin à la guerre.

En 1903 fut lancée la carte postale journal. Pour dix centimes, on avait le résumé de toutes les nouvelles, plus, au verso, une gravure illustrant le fait important de la journée. La même année on inventa en Suisse, la ''Carte Postale Assurance''. Avec vingt centimes, on était assuré contre les risques pendant un mois. Le cachet de la poste indiquait la date d'entrée en vigueur du contrat.

En 1910, 123 millions de cartes avaient été imprimées en France.

Source : Histoire de l'âge d'or de la carte postale - Ado Kyrou